Devant l'inexorable montée en puissance de la Chine sur la scène internationale, le Japon cherche à renforcer son r?le.
NANFANG ZHOUMO (extraits)
Canton
Dans le passé, lorsque la Chine était puissante et prospère, l'ordre régnait en Extrême Orient. En revanche, si la Chine et le Japon étaient tous deux en position de faiblesse ou si le Japon était fort mais la Chine faible, il était fréquent que la stabilité des relations entre ces deux pays en soit affectée. Actuellement, l'Extrême Orient se trouve dans une situation sans précédent: un Japon fort et une Chine forte. Cela constitue sans nul doute une importante mise à l'épreuve pour les hommes d'Etat des deux pays. La logique historique peut elle être récrite ?
En ce début de XXIème siècle, des chercheurs occidentaux ont demandé à leurs homologues Japonais s'ils pouvaient accepter que la Chine devienne la puissance dominante de l'Extrême Orient. La réponse des spécialistes japonais mérite réflexion. "Peut être sur le plan économique, mais s?rement pas sur le plan politique !" La raison de cette distinction subtile est elle inspirée par l'idée qu'une coexistence doit correspondre à un rapport de forces équilibré ? En d'autres termes, cela voudrait dire que, tant que le Japon n'aura pas retrouvé un statut de nation "normale" [qui aurait une arme e classique, et non des Forces d'autodéfense comme c'est le cas aujourd'hui], il admettra difficilement que son grand voisin soit une puissance politique. Dans ce cas, logiquement, le fait que le Japon et la Chine soient tous deux des Etats forts peut servir de base à une bonne dynamique entre les deux pays.
Considérant que la Chine rejoindrait t?t ou tard les rangs des grandes puissances, le Japon a accéléré le processus destiné à se hisser parmi les puissances politiques et militaires, comme l'illustrent les efforts qu'il a accomplis ces dernières années pour devenir membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Le Japon est en train de créer les conditions requises pour la coexistence de deux pays forts, sans doute le choix le plus rationnel pour le maintien de l'ordre en Extrême Orient. Comme, dans l'état actuel du monde, la coexistence de ces deux pays forts s'inscrit forcément dans un contexte multipolaire, la probabilité de voir se former une sphère d'influence autour de la Chine [seule] ou du Japon [seul] est infime. Soumis qu'ils sont aux efforts conjugués de toutes les nations, la Chine et le Japon ne pourront exprimer au maximum leurs avantages géopolitiques que s'ils collaborent.
Mao Tsé toung avait affirmé en son temps dans un langage imagé que, la Chine étant un "gros morceau", elle faisait reculer ceux qui avaient envie de l'engloutir ou au contraire de l'aider. Le Japon, lui, était un "petit morceau", mais qui avait rêvé de conquérir la Chine par les armes. A un moment extraordinaire de l'Histoire, le "petit morceau" avait tenté d'avaler le "gros morceau".
Le développement poussé de la société marchande a complètement mis fin à l'époque où la conquête de marchés et de sources d'énergie se faisait par les armes. Le Japon est devenu une puissance économique dont l'expansion repose sur une industrie présente dans toutes les régions du globe et dont le secteur recherche et, développement et la politique d'aide extérieure talonnent de près ceux des Etats Unis.
Par rapport au Japon, la Chine d'aujourd'hui ne se contente plus de rechercher les conditions devant lui permettre de "grandir", elle est en train de les concrétiser. De la même manière, le Japon, fort de compétences en matière de recherche et développement technologique qui le placent au premier rang mondial, est désormais reconnu comme un pays développé possédant toutes les conditions requises pour devenir une puissance économique et militaire. L'hypothèse d'un déséquilibre des forces entre la Chine et le Japon est maintenant exclue, et la probabilité est quasi nulle de voir une partie remporter des avantages décisifs sur l'autre.
CONTRAINDRE LA CHINE ? RESPECTER LES STANDARDS INTERNATIONAUX
Dans les années 1990, le Japon avait, le premier pressenti les grandes tendances du développement chinois, contrairement aux Etats Unis, qui hésitaient entre une politique de contact et une stratégie de contention. Le Japon a très t?t proposé que la Chine rejoigne le système international afin de1a contraindre à adopter un certain comportement et à devenir un pays respectueux des règlements et standards internationaux. Au moment de la révision de son traité de sécurité avec les Etats Unis, le Japon, soucieux de ne pas irriter la Chine, a veillé à ce que le texte ne comporte pas de termes susceptibles d'indisposer cette dernière. Depuis que nous sommes entrés dans le XXIème siècle, la Chine participe activement et spontanément aux affaires internationales et régionales. Son influence dans les organismes multilatéraux est de plu& en plus remarquée, ce qui suscite l'inquiétude et la vigilance croissante du Japon. L'accession de la Chine au statut de grande puissance politique et militaire n'est déjà plus du domaine de la probabilité, c'est une réalité. Un tel constat est difficile à accepter. Aussi, tout en accélérant le pas sur le chemin qui doit le mener lui aussi au statut de grande puissance politique et militaire, le pays du Soleil Levant a choisi de soutenir à fond la position dominante des Etats Unis dans le nouvel ordre mondial, pour se prémunir contre la Chine. Le Japon veut se servir du "gros morceau" américain pour tenir tête au "gros morceau" chinois. Aujourd'hui, il ne cache plus que la Chine est l'élément qui justifie l'existence du traité militaire nippo américain. Cet accord, qui autrefois avait pour but de limiter le développement des équipements militaires japonais, a évolué pour devenir une alliance militaire visant à juguler la Chine.
Historiquement, jamais l'émergence d'une grande puissance ne s'est déroulée dans des conditions similaires à celles que conna?t la Chine actuellement, qui, encore "dans ses langes", voit se dresser des fortifications destinées à se prémunir contre elle. De toutes les grandes puissances, le Japon est l'élément le plus actif. La Chine et le Japon ne souhaitent ni l'un ni l'autre que la partie adverse devienne une grande puissance politique et militaire, mais n'a pas pour autant les moyens de l'empêcher. Appartenant à la même sphère culturelle, les japonais ont une compréhension bien plus approfondie que les Occidentaux du mode de pensée, du passé historique et de la situation actuelle des Chinois. Le Japon et la Chine ne pourront améliorer leurs conditions respectives qu'en coexistant pacifiquement et en coopérant. Certes, cela passe pour le Japon par une indispensable prise de conscience de son passé d'agresseur, sans laquelle il ne pourra pas devenir une nation "normale".
Chine-Japon : des relations économiques sereines
La crise diplomatique entre le Japon et la Chine n’a eu que peu d’impact sur les relations d’affaires entre les deux géants asiatiques. La Chine est depuis l’an dernier le premier partenaire commercial du Japon et elle constitue un réservoir d’excédents commerciaux qui tire la croissance japonaise. Les échanges entre les deux pays ont atteint 168 milliards de dollars en 2004, établissant un nouveau record pour la sixième année consécutive. Quant aux investissements nippons, ils n’ont pas cessé d’affluer vers le juteux marché de l’Empire du Milieu.
Le Japon est le troisième partenaire commercial de la Chine. Les exportations japonaises se sont élevées à 74 milliards de dollars l’an dernier et concernent surtout les matériaux dont ont besoin les firmes japonaises basées en Chine, c’est-à-dire les semi-conducteurs, les composants et les produits chimiques. De son c?té, le Japon importe de Chine des équipements de bureau, des ordinateurs, des téléphones mobiles, des textiles et des produits alimentaires pour un montant de 94 milliards de dollars.
Très interdépendantes, les deux économies ont tout intérêt à promouvoir une coopération économique et commerciale suffisamment forte pour jouer un r?le moteur en Asie. Le Japon est la deuxième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis. Gr?ce à son impressionnant décollage, la Chine doit se hisser au quatrième rang des grandes puissances économiques d’ici deux ans. La conséquence de cette interdépendance est que les économies des deux géants ne peuvent plus se passer l’une de l’autre.
Quant aux milieux d’affaires, ils maintiennent dans l’ensemble des relations cordiales, même si un climat plus serein serait fortement souhaitable, comme l’ont constaté les patrons des deux pays réunis à Osaka dans le cadre de la Conférence économique Chine-Japon. Conscients de l’impact négatif que la poursuite de la crise diplomatique pourrait avoir sur leur économies, les patrons chinois et japonais souhaitent surmonter leurs divergences et apaiser les tensions. Car en fin de compte, c’est la prospérité de l’Asie qui est menacée par la rivalité politique entre Pékin et Tokyo
NANFANG ZHOUMO (extraits)
Canton
Dans le passé, lorsque la Chine était puissante et prospère, l'ordre régnait en Extrême Orient. En revanche, si la Chine et le Japon étaient tous deux en position de faiblesse ou si le Japon était fort mais la Chine faible, il était fréquent que la stabilité des relations entre ces deux pays en soit affectée. Actuellement, l'Extrême Orient se trouve dans une situation sans précédent: un Japon fort et une Chine forte. Cela constitue sans nul doute une importante mise à l'épreuve pour les hommes d'Etat des deux pays. La logique historique peut elle être récrite ?
En ce début de XXIème siècle, des chercheurs occidentaux ont demandé à leurs homologues Japonais s'ils pouvaient accepter que la Chine devienne la puissance dominante de l'Extrême Orient. La réponse des spécialistes japonais mérite réflexion. "Peut être sur le plan économique, mais s?rement pas sur le plan politique !" La raison de cette distinction subtile est elle inspirée par l'idée qu'une coexistence doit correspondre à un rapport de forces équilibré ? En d'autres termes, cela voudrait dire que, tant que le Japon n'aura pas retrouvé un statut de nation "normale" [qui aurait une arme e classique, et non des Forces d'autodéfense comme c'est le cas aujourd'hui], il admettra difficilement que son grand voisin soit une puissance politique. Dans ce cas, logiquement, le fait que le Japon et la Chine soient tous deux des Etats forts peut servir de base à une bonne dynamique entre les deux pays.
Considérant que la Chine rejoindrait t?t ou tard les rangs des grandes puissances, le Japon a accéléré le processus destiné à se hisser parmi les puissances politiques et militaires, comme l'illustrent les efforts qu'il a accomplis ces dernières années pour devenir membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Le Japon est en train de créer les conditions requises pour la coexistence de deux pays forts, sans doute le choix le plus rationnel pour le maintien de l'ordre en Extrême Orient. Comme, dans l'état actuel du monde, la coexistence de ces deux pays forts s'inscrit forcément dans un contexte multipolaire, la probabilité de voir se former une sphère d'influence autour de la Chine [seule] ou du Japon [seul] est infime. Soumis qu'ils sont aux efforts conjugués de toutes les nations, la Chine et le Japon ne pourront exprimer au maximum leurs avantages géopolitiques que s'ils collaborent.
Mao Tsé toung avait affirmé en son temps dans un langage imagé que, la Chine étant un "gros morceau", elle faisait reculer ceux qui avaient envie de l'engloutir ou au contraire de l'aider. Le Japon, lui, était un "petit morceau", mais qui avait rêvé de conquérir la Chine par les armes. A un moment extraordinaire de l'Histoire, le "petit morceau" avait tenté d'avaler le "gros morceau".
Le développement poussé de la société marchande a complètement mis fin à l'époque où la conquête de marchés et de sources d'énergie se faisait par les armes. Le Japon est devenu une puissance économique dont l'expansion repose sur une industrie présente dans toutes les régions du globe et dont le secteur recherche et, développement et la politique d'aide extérieure talonnent de près ceux des Etats Unis.
Par rapport au Japon, la Chine d'aujourd'hui ne se contente plus de rechercher les conditions devant lui permettre de "grandir", elle est en train de les concrétiser. De la même manière, le Japon, fort de compétences en matière de recherche et développement technologique qui le placent au premier rang mondial, est désormais reconnu comme un pays développé possédant toutes les conditions requises pour devenir une puissance économique et militaire. L'hypothèse d'un déséquilibre des forces entre la Chine et le Japon est maintenant exclue, et la probabilité est quasi nulle de voir une partie remporter des avantages décisifs sur l'autre.
CONTRAINDRE LA CHINE ? RESPECTER LES STANDARDS INTERNATIONAUX
Dans les années 1990, le Japon avait, le premier pressenti les grandes tendances du développement chinois, contrairement aux Etats Unis, qui hésitaient entre une politique de contact et une stratégie de contention. Le Japon a très t?t proposé que la Chine rejoigne le système international afin de1a contraindre à adopter un certain comportement et à devenir un pays respectueux des règlements et standards internationaux. Au moment de la révision de son traité de sécurité avec les Etats Unis, le Japon, soucieux de ne pas irriter la Chine, a veillé à ce que le texte ne comporte pas de termes susceptibles d'indisposer cette dernière. Depuis que nous sommes entrés dans le XXIème siècle, la Chine participe activement et spontanément aux affaires internationales et régionales. Son influence dans les organismes multilatéraux est de plu& en plus remarquée, ce qui suscite l'inquiétude et la vigilance croissante du Japon. L'accession de la Chine au statut de grande puissance politique et militaire n'est déjà plus du domaine de la probabilité, c'est une réalité. Un tel constat est difficile à accepter. Aussi, tout en accélérant le pas sur le chemin qui doit le mener lui aussi au statut de grande puissance politique et militaire, le pays du Soleil Levant a choisi de soutenir à fond la position dominante des Etats Unis dans le nouvel ordre mondial, pour se prémunir contre la Chine. Le Japon veut se servir du "gros morceau" américain pour tenir tête au "gros morceau" chinois. Aujourd'hui, il ne cache plus que la Chine est l'élément qui justifie l'existence du traité militaire nippo américain. Cet accord, qui autrefois avait pour but de limiter le développement des équipements militaires japonais, a évolué pour devenir une alliance militaire visant à juguler la Chine.
Historiquement, jamais l'émergence d'une grande puissance ne s'est déroulée dans des conditions similaires à celles que conna?t la Chine actuellement, qui, encore "dans ses langes", voit se dresser des fortifications destinées à se prémunir contre elle. De toutes les grandes puissances, le Japon est l'élément le plus actif. La Chine et le Japon ne souhaitent ni l'un ni l'autre que la partie adverse devienne une grande puissance politique et militaire, mais n'a pas pour autant les moyens de l'empêcher. Appartenant à la même sphère culturelle, les japonais ont une compréhension bien plus approfondie que les Occidentaux du mode de pensée, du passé historique et de la situation actuelle des Chinois. Le Japon et la Chine ne pourront améliorer leurs conditions respectives qu'en coexistant pacifiquement et en coopérant. Certes, cela passe pour le Japon par une indispensable prise de conscience de son passé d'agresseur, sans laquelle il ne pourra pas devenir une nation "normale".
Chine-Japon : des relations économiques sereines
La crise diplomatique entre le Japon et la Chine n’a eu que peu d’impact sur les relations d’affaires entre les deux géants asiatiques. La Chine est depuis l’an dernier le premier partenaire commercial du Japon et elle constitue un réservoir d’excédents commerciaux qui tire la croissance japonaise. Les échanges entre les deux pays ont atteint 168 milliards de dollars en 2004, établissant un nouveau record pour la sixième année consécutive. Quant aux investissements nippons, ils n’ont pas cessé d’affluer vers le juteux marché de l’Empire du Milieu.
Le Japon est le troisième partenaire commercial de la Chine. Les exportations japonaises se sont élevées à 74 milliards de dollars l’an dernier et concernent surtout les matériaux dont ont besoin les firmes japonaises basées en Chine, c’est-à-dire les semi-conducteurs, les composants et les produits chimiques. De son c?té, le Japon importe de Chine des équipements de bureau, des ordinateurs, des téléphones mobiles, des textiles et des produits alimentaires pour un montant de 94 milliards de dollars.
Très interdépendantes, les deux économies ont tout intérêt à promouvoir une coopération économique et commerciale suffisamment forte pour jouer un r?le moteur en Asie. Le Japon est la deuxième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis. Gr?ce à son impressionnant décollage, la Chine doit se hisser au quatrième rang des grandes puissances économiques d’ici deux ans. La conséquence de cette interdépendance est que les économies des deux géants ne peuvent plus se passer l’une de l’autre.
Quant aux milieux d’affaires, ils maintiennent dans l’ensemble des relations cordiales, même si un climat plus serein serait fortement souhaitable, comme l’ont constaté les patrons des deux pays réunis à Osaka dans le cadre de la Conférence économique Chine-Japon. Conscients de l’impact négatif que la poursuite de la crise diplomatique pourrait avoir sur leur économies, les patrons chinois et japonais souhaitent surmonter leurs divergences et apaiser les tensions. Car en fin de compte, c’est la prospérité de l’Asie qui est menacée par la rivalité politique entre Pékin et Tokyo
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